La ligne d'horizon.
 
1.
Dehors des gamins jouent avec des pétards-leurs voix résonnent après chaque coup entre les murs des immeubles-les gamins avec les pétards, tout ce qu'ils cherchent-
 
du corps encore tout plein de sommeil-afin que le rêve ne s'échappe-un rêve de l'intérieur-ainsi rêver puis laisser advenir ce qui peut advenir- tu rouvre les yeux sur la vitre du train-le reflet pâle de tes yeux ouverts et derrière-des champs-des arbres-des broussailles, une cabane en tôle au bord du chemin et ce chemin peut-être un autre jour parcouru dans la poussière-tu marche vers la tôle de la cabane, vers la ligne étroite-cet endroit qui sépare le ciel de la terre-cet endroit-brèche qu'on atteint jamais, qu'on ne touche pas, dont on sait seulement que c'est le regard-point limite et que, au bord de la mer-les navires, flottant à la surface des couches profondes comme les couches
 
atmosphères se croisant, s'entrecroisant-limite au-delà de laquelle les navires disparaissent-se perdent-atteignent ce qu'on ne peut plus voir, mais dont on sait également qu'ils le repoussent-
 
flottent ici à l'extrême visible de la terre, non plus des bâteaux-cargots-ferries, mais les silos des coopératives agricoles; bâtiments blancs immobiles, églises, figés dans la brisure d'un ciel si bleu qu'on ne peut rien y mettre, rien n'y déplacer, même le regard si mobile semble s'y être arrêté-
 
le vent-une boîte en carton roule sur le bitume-un bruit creux-les feuilles des arbres secouées-le tronc des arbres dans la lumière jaune des réverbères-des gens se promènent-marche lente-marche rapide-les enseignes lumineuses-du rouge du jaune du bleu du vert-les gens partout-de grands pans de murs couleur papier buvard sombre-on dirait des brèches-falaises-failles grises-des hallucinations rèches-des lampes sur les murs-angles diffus-artificiels-épais-plages de lumières parfois géométriques-
 
le rouge du bois de la fenêtre-des écailles de peinture ont sauté-le jaune en dessous-reflets dans les vitres-bruit du moteur d'un avion-la lumière de la lampe sur la surface blanche de la table-une tasse-la cuillère sur le bord, en biais-un reste de café au fond-acre couleur de terre-les clefs-un trousseau de clefs-un paquet de cigarettes-
 
matin-le soleil dans les arbres-recueil-bruit de l'eau dans le tuyau d'arrosage-les S et les O verts du plastique dans l'herbe-odeur de la terre-une silhouette de femme enfermée dans la lumière de l'eau-derrière l'angle mouvant du jet qui sort en crépitant au bout de sa main-
 
par accoups tout d'abord-puis régulièrement-presque sans bruit-tu la regarde-sentant en toi l'instant qui se perd-qui gicle-se soustrait peu à peu-se déplace-sort de ta présence-elle arrose les massifs-va et vient le tuyau à la main, entre les plates-bandes, toujours dans la lumière de l'eau-entre le ciel translucide et la terre molle-
 
retour-c'est la nuit-dormir-ne pas dormir-une odeur de cave-chaude-des néons bleus-un chuintement-le bruit des trains au loin-à gauche-une soufflerie-turbine-échaffaudages-le vent contre les piliers gris-banderoles blanches et rouges-la rue vide-
 
bruit d'eau contre la terre creuse-les gouttes les unes après les autres l'amollissent-bruit souple sur les feuilles-l'eau glisse-nuit-blanche-matin-blème-lentement-deux- heures-de-sommeil-tout-va-bien-
 
2.
6h11- nuit- attente sur le parking-tiédeur-de l'air-un homme balaie le trottoir-veste bleue-balai à longs poils-dans les mains-un camion-théorie-d'aucun artifice-qui se déplie doucement-lentement sans s'altérer-sans être dominé par quoi que ce soit choses qui t'entourent plutôt que- sentiments intérieurs- mécontentements-aprés t'être promené autour de la gare, tu es revenu vers la maison, tes parents étaient levés, préparaient le petit-déjeuné-MIRAGES GRAVITATIONNELS-quand la lumière passe prés d'un astre, sa trajectoire est- METRO-strapontins-bleus-un jeune homme-jambe droite posée sur le genou gauche-le mollet de la jambe-droite-se lève-descend-moteur-sonnerie-signal-fermeture-portes-le train démarre à nouveau-les rails sifflent-crissent-sur les banquettes qui sont-en face l'une de l'autre-un garçon et une fille-le garçon casquette grise sur
 
les yeux-masques par l'ombre-yeux fermés ou yeux ouverts-la jeune fille-regard baisse ou yeux fermés-la petite barbiche du garçon-NIKE-signe-NIKE sur son blouson rouge et noir-dans le dos-parka-plus-que blouson-est descendu-la fille a posé ses mains sur ses joues-LA DENSITE CRITIQUE
 
du caillou lancé-
 
soir-lentement-puis-bientôt-la-nuit-la-fenêtre-restée-ouverte-se-vide-dans-la-pièce-air-tiède-poche-du-temps-qui-crève-se-vide-
 
3.
collé contre terre-de dos-tu attends le crépuscule-un morceau de pierre-tes genoux-te ployer sur eux les yeux fermés-et ne plus les ouvrir-ton ombre sur les vitres-tu attends-la main-quelquepart sur la vitre-trace laissée ensuite par la chaleur dans le froid transparent-des océans de nuages sur les falaises la pluie noire crépite et gicle-entre tes doigts-tu as perdu quelquechose-sourire-resserrement-ta main à présent si loin de l'ombre-doigts serrés-les approcher de la lumière-vers le mur-le-ciel-la-couleur-des-nuages-la ville chimiste au loin, derrière les vitres-il n'y a rien pourtant-de la pierre-la nuit qui nous vise, paupières closes, cousues-
 
l'ombre d'un bâtiment s'étend sur l'esplanade-tu te laisse traverser par le boulevard-les trottoirs-les rues-les murs te cherchent-un oubli-un mot détaché-
 
4.
écrire simplement quelques mots-pour ne plus dépendre du silence qui tourne autour de nous-ou du bruit-pour ne plus penser-compter-exiger-ne plus avoir d'idées-s'en défaire-faire comme si nous avions encore quelquechose à écrire-mais l'isolement-plages de temps inoccupées-occupées-corps à l'abandon séparé en lui-même-inutil-inutilisable pour quiquonque-nous avons laissé la main examiner-laissé s'effilocher quelquechose ailleurs-là-ici-si seul que nous soyons-oubli-tous les silences se sont répétés-répétés encore-nous suivons notre destin mais ce destin est-il bien nôtre-chaque soir-nous nous retrouvons pareil à nous même-pareil à ce que nous étions la veille-si semblable-si différent-
 
quelquechose se déplace lentement-nous ne savons les jours-nous nous usons de l'intérieur vers l'extérieur-sans envie-sans signification-rien n'est arrivé mais l'éphémère-nous nous sommes laissés prendre par le temps-à chaque démesure un oiseau fuit-adieu pour les arbres en hiver-les crachats qu'on crache qu'on ravale, mornes-au rebours de nos mains engourdies-nous avons pensé au froid mais ne nous en sommes plus souvenu ensuite-
 
avons-nous fait quelquechose et ce quelquechose peut-il être défait-dénombré-compté-examiné-nous ne savons si la main qui est là-l'esprit qui pense en nous nous appartiennent-et puisque tout se perd-que nous perdions-perdions la main-notre esprit-qu'ils se perdent hors de nous-
 
5.
trottoir-une porte claque-traque-glisse-clac-trace d'eau-odeur de feuille-traverser la rue-balcons-horizon invisible-fenêtres-un grand bâtiment avec douze fenêtres en façade-tourner l'angle-remonter la rue-un homme avec un panier de courses à la main-droite-saisir la anse avec la main droite-ne plus voir-tache-eau-une tache d'eau sur le gris du trottoir-
 
couleur de rouille-grille en fer rouillée-poussiére-rue-rue en pente-retenir ses pas-école-cris des enfants-échos-l'air suinte-pores de la peau des cris-tourner-descendre-marcher-vite-descendre en glissant-le corps tendu vers l'arrière-l'air tiède-vers l'arrière-remonter la rue en pente-corps poreux plié en crachant-vers le bitume chloré-béton-tourner-se retourner en façade-taches de lumière-taches d'arbres-trottoir-bord du trottoir-presque au dessus du vide-porosité de l'air-dans l'air poreux-à la lumière aux sons acides-
 
devantures de tôles-porte bleue-des femmes marchent-marcher sous les feuillages pleins d'ombres vertes et mauves-marcher à rebours vers l'instinct-
 
odeur suave de cave et de pierre-de terre sortie des profondeurs-un pied sur la chaussée-l'autre sur le trottoir-traverser-
 
une femme regarde devant elle-puis baisse les les yeux légèrement-un sac autour de son bras-la anse au niveau du coude plié-elle porte un foulard sur ses cheveux-blancs bleu-pâle-un imperméable marron en toile fine-elle descend-
 
visage d'une femme dans la fenêtre-ombres de ces deux hommes parlant devant la porte-verre cathédrale-translucidité de la paroi-un black chantonne sous le ciel gris-les voix ne semblent venir de nulle part-le black chante toujours-sorte de cantique-un phare dans la brume-la lumière qui s'enfonce-AGA-lettres blanches sur fond rouge-un homme joue de l'accordéon assis sur un banc-croix verte d'une pharmacie-HOTEL YEMEN-ATTENTION -20% sur les jeans-un vieil homme-barbe blanche-cheveux mi-longs mendie dans les escaliers-habillé d'une longue robe à l'ancienne-volants mauves-jupons apparents-une femme-marche pieds nus-l'accordeoniste se balance-JE NAGE DANS LE METRO FACE A UNE GRANDE AMPOULE DE VERRE ROUGE-ruban d'ombre-lumières mêlées-TROUVEZ LA DEUXIÈME MOITIE DE MON OEIL ET VOUS AUREZ LA CLARTE EN ENTIER-des lumières scintillent au fond des tunnels-phares-lampes-néons-
 
la clématite couvre le murs-le long du tuyau-la gouttière-vers le ciel-le toit vers la lumière qui tombe du ciel gris-porte cochère blanche-ouverte-les pavés dans la cour-arrondis lisses luisants pluie-ciel-le ciment entre les pavés couverts de mousse verte-